S'il est une difficulté dont on peut témoigner dans notre vie d'éleveur c'est bien l'éco-paturage en milieu urbain!!
Parce qu'en arrivant avec notre cheptel (pourtant réduit aux seuls ânes -chèvres, moutons, vaches ayant été repris par un ami sur place dans le Perche que nous quittions) nous avons pu toucher au quotidien des différences de ressenti de la présence d'animaux en fonction des populations et des usages des lieux.
Déjà dans le Perche, une pâture louée pour nos animaux jouxtait un lotissement en périphérie d'un bourg ...et c'était un peu une première expérience: le doux chant mélodieux de l'âne qui brait au petit matin n'était pas du goût de tous...
L'appétit des animaux pour certaines installations de bois non plus
("mais Madame, laissez donc la clôture qui les éloigne de votre claustra ...- oui mais moi j'aime les avoir au fond du jardon pour leur apporter du pain...sans commentaire !)
Dès notre arrivée en Corrèze, la ville D' Uzerche nous a demandé d'essayer d'amener nos ânes sur les coteaux qui ne pouvaient être entretenus (à l'époque on ne pouvait envisager d'y lancer les tracteurs dans les ronciers faute d'y deviner le relief) .
Vu notre besoin en surface de prairies pour nos nombreux ânes , c'était une véritable aubaine...et jusqu'à notre retraite nous avons eu à cœur de combler la municipalité et les habitants d'Uzerche en répondant au plus près de leurs demandes en contrepartie de cette offre salvatrice.
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| Uzerche village perché pris dans un méandre, on voit le coteau ouest où pâturaient nos ânes (ici à droite) entre la ricière Vézère et la ville haute.(photo Philippe Rigouste) |
Oui ...mais on ne compte pas les petites incompréhensions que nous avons eues à déminer....
La première auprès des amoureux des animaux qui ne savaient pas que les ânes se nourrissaient de ligneux (écorces, tiges de ronciers ...) en plus de l'herbe et que les orties étaient un excellent aliment.
Ils s’inquiétaient au point de vouloir alerter les associations de défense! Ils ont vite compris leur ignorance sur le régime alimentaire des ânes trop souvent comparé aux chevaux ... voire à des projections anthropomorphiques..
Et à voir nos animaux, leur forme ne prêtait à aucun doute !
ou a contrario l'incompréhension quand on retirait les animaux alors que pour le néophyte, le vert laissait croire qu'il y avait assez d'herbe (oui mais il ne restait que de la renoncule, qu'ils ne mangent pas) ..
Ou encore un technicien voulant faire propre en passant un robot débroussailleuse à ras le sol n'imaginant pas qu'après la parcelle ne serait plus une prairie pour les animaux , que les mousses gagneraient le lieu ... et que les ânes ne pourraient plus y jouer leur rôle d'entretien ...et condamnerait ainsi le lieu à de nouvelles interventions humaines et mécaniques pour le garder des habitants et des touristes!
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Arpège et sa fille Haend'elle , jeune ânon devant les jardins familiaux le long de la Vézère
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Tant de petits soucis qu'on n'a pas en voisinage immédiat d'autres éleveurs en pleine campagne agricole.
Oui je raconte ma vie sur le blog !
Tout ça pour dire qu'on était vraiment prêts pour s'y croire dans le jeu Névaches, où l'on pose des animaux (ici des vaches) sur des tuiles paysages: prairies (le top pour nos bêtes), forêts (de l'ombre et des écorces , miam mais pas en régime exclusif) champ de blé ( attention danger en cas de surconsommation du grain, par contre la paille est excellent pour les ânes , mais point de vigilance si traitements chimiques ) ou point d'eau (l'eau indispensable à toute vie, les ânes sont sobres mais quand même ), village (nous y voilà !)
Et finalement non! On ne s'y croit pas, du coup, on n'est donc pas non plus au boulot !😊
Car nous ne ressentons pas le thème dans Névaches, ni même grande émotion ludique!
Passé cette longue intro circonstanciée , que penser du jeu :
On construit son paysage à partir de tuiles piochées dans une rivière .
Ces tuiles pourront servir à remplir des objectifs de figures de cartes que nous aurons aussi piochées.
Pour marquer les tuiles qui ont été utilisées pour valider ces cartes, on y pose des vaches...
De ce fait à moins qu'on perde un tour pour rapatrier notre troupeau, lesdites tuiles ne sont plus disponibles pour d'autres objectifs.
Et c'est le piège du jeu, on croit pouvoir faire coup double parfois mais que nenni!
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| et voilà 2 cartes validées! |
Quelques bonus lors du marquage de points lors de leur validation apportent une petite variété et renforce l'aspect course pour les activer en plus de la quête pour être le premier arrivé à 65 points, ce qui arrête la partie. (on joue quand même tous le même nombre de tours)
Ce jeu puzzle demande quand même une bonne représentation dans l'espace (effet miroir interdit) .
L'interaction repose surtout sur la course (arriver à 65 peut frustrer les coups en attente des autres joueureuses .
Mais aussi on peut par la pioche retirer sous le nez de ceux qui l'attendent tuile ou carte (mais on ouvre aussi le jeu avec de nouvelles propositions qui ne manqueront pas d'apparaître de la pioche)
Parfois le sort s'acharne et les bonnes tuiles n'arrivent pas, alors que les cartes objectifs exigent un paysage qui ne se présente pas... Ça peut être un peu lourd dans ce cas.
A cela il n'y a qu'une parade, la possibilité de renouveler les rivières des cartes ou tuiles mais pour cela il faut qu'il y ait 4 sur 5 des propositions avec le même paysage .
Néanmoins sur plusieurs parties on a tous, perdants ou gagnants, eu l'impression que c'était un peu le fait du hasard, ce qui doit être le cas entre joueureuses averties ou simplement ayant la même prise en main du jeu
On s'est concentré pour remplir les objectifs, on a cherché à décrocher les bonus, on a optimisé nos actions et nos points ...et cela s'est fait de façon un peu automatique
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| on reçoit deux tuiles objectifs en début de jeu (ici une majorité en tuiles culture et un village totalement entouré) en fin de jeu on choisit laquelle on veut (on peut) marquer! |
Voilà il nous a manqué un peu de peps ...
Peut être attendions nous trop du jeu dont le thème nous parlait ...
En ce sens le verso de la boîte est honnête: il ne vend pas du rêve mais plutôt une mécanique
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| fin de jeu cartes validées et celles restantes pour un territoire ramassé |
Tandis que le pitch de la règle nous fait rêver "d'odeur d'herbe fraîchement coupée", de champs de fleurs et de lacs aux eaux cristallines "..
On n'a pas éprouvé cette présence dans "un cadre idyllique au beau milieu des montagnes" dans la vallée de la Clarée où se niche le village de Névaches.
Si l'intro fut exceptionnellement longue, C'est que le contexte du jeu explique notre déception
D'autant que cela est renforcé par le fait que le jeu a été découvert un soir juste avant la remise des prix au festival international des Jeux à Cannes (FIJ) lors de l'anniversaire d'un membre de l'équipe de Schmidt...Une ambiance un peu survoltée et pleine d'attentes donc...
A ce moment précis, il n'avait pas du tout convaincu Jean François et que depuis il est resté sur cette impression...
Je le trouve sévère avec ce jeu ... Peut être est il arrivé un peu tard dans notre cheminement ludique pour nous surprendre et nous enchanter !
Mais il n'y a rien à lui reprocher !
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| un paysage, les cartes validées et les deux tuiles qui pourraient être toutes deux validées...on choisit la plus rémunératrice dans ce cas ! |
Un jeu où les casse têtes dans l'espace à base de tuiles s’enchaînent...ET où poser des vaches au milieu des paysages ... pour marquer des points nous barre aussi d'autres chemins vers d'autres points !
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| un joli effet sur la table ! |
ET surtout je sais qu'il pourra être présenté facilement aux familles qui viennent nous rendre visite ou en fin de soirée jeux ... C'est déjà pas mal !
Un jeu Rita Modl illustré par Stefan Sonnberger











